⚠️ spoiler : c'est pire que ce que vous pensez...

" - Une requête ChatGPT consomme 10 fois plus qu’une requête Google !

- Non, 100 fois plus !

- Mais non, 1000 fois plus !! "


✋ Halte là ! 

Vous avez peut-être déjà eu ou entendu cette conversation, mais elle passe à côté de l’essentiel.

Si on parle de l’impact de l’intelligence artificielle générative, ce n’est pas du côté de la requête qu’il faut se concentrer, mais de l’infrastructure qu’elle nécessite pour fonctionner ; une infrastructure qui relance et pérennise l’industrie fossile.

Avant toute chose rappelons-le ; le GIEC est très clair aux sujet des énergies fossiles : leur combustion depuis l'ère pré-industrielle est la cause principale du changement climatique.

🛢️Pourquoi le développement de l'IA relance et pérennise t-elle l’industrie fossile ? 

Depuis l’explosion de ChatGPT en 2022, les modèles d’IA sont devenus beaucoup plus énergivores et sont utilisés par des milliards de personnes. 

Les industriels ont beau optimiser au mieux, la croissance exponentielle de la demande de calcul avale tous les gains d'efficacité. 

Alors, pour assouvir cette demande de calcul, les entreprises de la tech construisent des data centers de plus en plus gros, et les annonces vont bon train : 

" Notre vision est simple : nous voulons créer une usine capable de produire chaque semaine un gigawatt de nouvelle infrastructure d'IA " - Sam Altman, PDG d'OpenAI, sur son blog en septembre 2025.
" NOUS serons les premiers à atteindre 10 GW, 100 GW, 1 TW ! " - Elon Musk, en réponse sur Twitter.

Pour vous donner un ordre de grandeur, un gigawatt (GW), c’est la puissance d'un réacteur nucléaire capable de fournir assez d’énergie pour un à deux millions de foyers français par an.

Sam Altman propose d’en produire un par semaine, à destination de l’Intelligence Artificielle générative (IAg).

1 GW : c’est vraiment ÉNORME. 

Un “gros” data center, il y a encore quelques années, avoisinait les 20 à 50 mégawatts (MW). Leur taille s’est multipliée par 100 en seulement 10 ans.


👇 Projet Stargate d’OpenAI, qui vise les 5 GW (annoncé en mai 2025)

👇Projet Stratos de O'Leary Digital dans l'État de Utah qui cible les 9 GW (annoncé début avril 2026)

Pour faire tourner des centres de données de cette taille, il faut beaucoup, beaucoup, beaucoup d’électricité. Tellement que la majorité des pays n’ont pas l'électricité disponible pour les alimenter, et cherchent donc des moyens pour en produire (si possible, le moins cher et le plus rapidement possible). 

Dans le monde, la solution majoritairement privilégiée pour alimenter en électricité les nouveaux projets de centres de données (et surtout aux États-Unis), c'est le gaz, dont la production est installée directement sur les sites industriels.

Fun (non) fact : les gouvernements sont prêts à tout pour trouver l’électricité suffisante et redoublent d’inventivité : l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) a publié une étude sur le potentiel de réutilisation de pièces de 4 000 avions militaires en retraite dans le désert de l’Arizona pour produire de l'électricité.

En attendant de savoir réutiliser les avions, l'IA pompe les énergies fossiles, et ça a des conséquences :

🇺🇸 Aux USA

Selon un rapport de Cleanview publié en février 2026, aux États-Unis, 46 centres de données prévoient de produire leur électricité sur site, pour une capacité combinée de 56 GW, dont 75% fonctionnerait au gaz naturel.

🇮🇪 En Irlande

Les centres de données mobilisent plus de 20% de la consommation électrique nationale. Face à cette demande, le gouvernement fait construire des centrales électriques à gaz.

🇬🇧 Au Royaume-Uni

L'objectif gouvernemental d’atteindre le 100% électricité propre d'ici 2030 est directement menacé par les 8 demandes de raccordement au réseau gazier déposées par les opérateurs de centres de données. 

🇫🇷 En France

Si nous construisions les 28,6 GW de puissance électrique recherchée, le surplus de production électrique anticipé par RTE risquerait d’être vite dépassé. 

Attention toutefois, tous ces chiffres sont des annonces et nous ne savons pas dans les faits quelle proportion sera réellement construite et mise en marche. 

En bonus : la pollution de l’air !

Alimenter les data centers avec des énergies fossiles comme les turbines à gaz ou les générateurs de secours qui fonctionnent au diesel génère aussi de lourdes pollutions de l’air : oxydes d'azote, particules fines, formaldéhyde… ces pollutions impactent directement les communautés riveraines des data centers. 

Double peine donc car ce sont souvent des populations déjà vulnérables. 

À South Memphis, Tennessee, par exemple, le taux de cancer est quatre fois supérieur à la moyenne nationale. Une condition qui n’a pas empêché Elon Musk d'installer brutalement son premier data center d’xAI en juin 2024. “Colossus” de son petit nom, est un projet de 2 GW qui a été construit en silence en 122 jours seulement. Les riverains, qui ont vu cette énorme infrastructure sortir de terre à la vitesse de la lumière, ont témoigné d’être réveillés la nuit par des odeurs de gaz.

Pas d’excès d’imagination de leur part : une trentaine de turbines à gaz ont été installées sans permis, sans traitement de pollution. D’après le Southern Environmental Law Center, le site a rejeté plus d'oxydes d'azote que n'importe quelle autre industrie locale en un an.

Cet exemple est un cas extrême mais pas isolé.

De façon générale, les riverain·es découvrent l'existence de ces projets alors que leur construction a déjà commencé. Ils vivent souvent dans des quartiers où le niveau de pollution est déjà supérieur aux normes, et ce n'est pas un hasard : l’industrie de l’IA a les mêmes critères d’implantation géographiques que beaucoup d’autres industries avant elle, et prolonge les mêmes injustices sociales, environnementales et raciales. 

Des fossiles en amont… mais aussi en aval.

Dans l’autre sens, ça marche aussi : l’intelligence artificielle se met au service de l’industrie fossile pour l’aider à booster ses rendements.

Goldman Sachs estime par exemple que l'IA pourrait réduire les coûts de forage de 30 %, et ainsi rendre viables des gisements jusqu’ici trop coûteux à exploiter ce qui permettrait d’atteindre 10 à 30 milliards de barils supplémentaires de pétrole de schiste. 

La production supplémentaire d’énergie fossile permise par l’utilisation de l’IA génère des émissions de CO2 additionnelle appelées “enabled emissions”.

Avec leur association Enabled Emissions, Holly et Will Alpine, deux anciens salariés de Microsoft, ont estimé que dans un scénario d’adoption forte de l’IA, cette dernière permettrait au secteur fossile d'émettre.

👉 2,4 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires par an

👉 et d'économiser 0,5 milliard de tonnes les émissions de CO2 au secteur des renouvelables

Résultat : le bilan net de la contribution de l'IA aux émissions de CO2 des industries fossiles et renouvelables s'élève à plus de 2 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires relâchées dans l'atmosphère chaque année.

Même les acteurs de l’IA reconnaissent que la balance coût-bénéfice de l'IA est aujourd'hui déficitaire sur le sujet du changement climatique. Audrey Herblin-Stoop, directrice des affaires publiques de Mistral AI, a assumé ce constat devant les sénateurs de la commission du développement durable en février 2026 (vidéo juste en dessous)

On a beaucoup entendu ces dernières années des discours qui consistaient à dire : ne vous inquiétez pas, de toute façon l'IA va tellement résoudre tous les problèmes du monde que ça va aussi résoudre le problème du changement climatique (...)
À date, non, on ne peut pas dire qu'il y a un impact significatif sur l'amélioration de la situation. Au contraire
." - Audrey Herblin-Stoop

Pour conclure...

Lorsqu’on parle d’IA et de ses impacts, il est essentiel de considérer l’industrie de façon systémique, avec ce dont elle a besoin pour exister mais aussi ce qu’elle engendre et perpétue.

En l'occurence, la grande amie de l'IA (celle qui lui permet de vivre mais qui en retire aussi le plus de bénéfices), c’est nous bien sûr l’industrie fossile.

Maintenant, vous savez quoi dire si on vous défend que l'IA va nous sauver de la crise climatique.